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1H15 avec Vincent Macaigne

Le polo rouge lui va très bien. Charmant timide dans "Un monde sans femmes", Vincent Macaigne sert de guide à deux Parisiennes, mère et fille, en vacances une semaine sur la côte picarde. Un imbroglio amoureux où les regards se croisent, parfois cruels, souvent très doux.
Des yeux qu'il a posés derrière la caméra pour son premier film "Ce qu'il restera de nous" primé trois fois au festival de Clermont-Ferrand, le Cannes du court métrage.
Rendez-vous nocturne dans un café à Parmentier, barbe de cinq jours, Metronomy en fond sonore, de plus en plus fort, deux bières

Le film de Guillaume Brac est précédé d'un court métrage "Le Naufragé" où on peut entendre cette jolie phrase "Un bébé devrait ressembler au moins un tout petit peu à tous les hommes qu'une femme a aimés"

C'est amusant, Guillaume n'était pas sûr de la garder dans le film. Moi j'adore. Ce doit être une phrase assez intime pour lui. J'étais vachement fier de la dire. J'ai le souvenir de m'être battu pour qu'elle ne soit pas coupée. Cette réplique, je l'entends comme un partage d'amour.

«Un monde sans femmes»... C'est la solitude dans laquelle se trouve Sylvain, bouleversée par l'arrivée d'une mère séduisante et séductrice accompagnée de sa fille, gracieuse et discrète...

Il n'est pas bouleversé par leur arrivée, il est en attente de gens. Je ne pense pas qu'il tombe amoureux de la mère mais qu'il est ému par cette possibilité de vie qui lui arrive. Le personnage de Sylvain est assez ambigu, on ne sait pas du tout d'où il vient.
Quand je l'ai travaillé, je me suis imaginé que c'était une sorte de Nietzsche. Un mec qui porte un truc immense en lui mais on ne sait pas trop quoi. Ça ne se voit pas du tout dans le film, ce sont des choses que je me suis raconté tout seul. J'aime bien Nietzsche, pour moi c'est un homme très timide et très touchant. Il avait proposé à plusieurs femmes de se marier avec lui. Il n'avait pas le temps de faire la cour mais en même temps il avait l'envie d'aimer. Je trouve ça assez beau.

Il sait dès le début que c'est pour une semaine, il est conscient qu'il a tout à perdre, qu'à leur départ, la solitude prendra un goût encore plus amer ?

La fin est assez ouverte, le film finit sur une note très belle et en même temps on ne sait pas ce que ça va produire sur lui, il y a un doute.

D'ailleurs ça se termine sur le visage de la jeune fille...

Le film commence avec elles et finit avec elles, lui n'apparaît que par elles. C'est pour ça qu'on ne sait pas ce qu'il devient.

Un monde sans femmes, ça n'existe pas puisque même quand elles ne sont plus là, on pense à elles !

C'est la beauté du titre, finalement ce monde sans femmes, on ne le verra jamais.

Guillaume Brac dit qu'il a écrit le rôle pour vous, en fonction de votre personnalité.
Le costume est sur mesure ?

Je ne pense pas être comme ça dans la vie. Rien que physiquement, je suis quand même un peu moins empâté que lui, enfin je pense. Mais je pense que lui comme moi, on est entre deux âges donc entre deux façons d'être. Ça raconte une timidité presque adolescente.

On peut être entre deux âges toute sa vie ?

Oui, je le suis.Très timide et en même temps pas du tout. Comme tout le monde, ça dépend des situations.C'est la force du personnage de Sylvain qu'on ne sache pas ce qu'il a été avant. Je trouve ça hyper beau que quelqu'un soit là sans raison. On ne s'embarrasse pas de savoir pourquoi il est timide.

Sa timidité, c'est comme un videur de boîte de nuit. 
Les gens qui ne franchissent pas l'obstacle, n'en valent peut-être pas la peine...

Un videur de boîte de nuit voit beaucoup de monde. Sylvain, lui, voit peu de gens, il a peu de chance d'être confronté à l'autre.

Alors quand ça arrive, il prend tout, tout de suite ?

Oui, il est hyper heureux de voir ces femmes. On est timide quand il y a un enjeu pour soi. Comme embrasser une fille. On aurait envie que l'autre fasse le pas, pas par ego, mais pour que ce soit plus simple, plus joli. On a envie d'être compris par l'autre avant de devoir expliquer. Par exemple dans le film, le gendarme est plus à l'écoute avec la mère, plus ouvert.

Parlons-en du gendarme... La mère est vue à travers deux regards masculins très différents, celui du gendarme pseudo beau gosse et le vôtre, timide et troublé. Vous dites que le gendarme est plus à l'écoute, mais il est très basique ce garçon, il veut juste la mettre dans son lit.

Il n'est pas si basique que ça, il a une sorte de douceur et de vraie envie d'aimer même si elle ne se voit pas. Il a une facilité... Les gens plus sociables c'est tout de suite plus sympa. Je ne suis pas sûr que ce soit très drôle de passer une soirée avec Sylvain.

Ce qu'elle aime chez le gendarme et qu'elle n'a pas avec Sylvain, c'est peut-être la séduction qu'il active entre eux deux.
Mais des deux regards posés sur elle, le plus juste c'est celui de Sylvain.

Je ne suis pas sûr, pour moi le personnage est plus ambigu que cela. Quand je l'ai joué, je ne me suis pas dit que c'était un homme bon. Après, il cherche le contact avec l'autre et de manière douce, ça c'est bien.

Cette manière douce, on la ressent dans une scène où vous avez une façon bien particulière de prendre la main de Juliette. C'est difficile à décrire, on peut dire que c'est maladroit. Personnellement, on ne m'a jamais pris la main comme ça. C'était votre idée ?

Quand je l'ai fait, j'ai trouvé ça drôle. Si ça avait continué, j'aurais pu avoir un fou rire. C'est tellement bête de faire ça.

Vous avez déjà pris la main d'une fille comme ça ?

Oui, j'ai déjà fait tellement de trucs bizarres ! Je peux ne pas du tout être fin.

Cette maladresse, c'est la chorégraphie du désir qu'il ne maitrise pas ?

Ça l'angoisse. Je pense à Nietzsche, c'est comme s'il n'avait pas le temps pour ça... Alors qu'il a tout son temps ! Peut-être qu'il a juste envie qu'on l'aime.

Et peu importe la personne.

Ce n'est pas moi qui l'ai écrit mais c'est un personnage ambigu. Il essaie avec la mère puis il essaie avec la fille, quand même.

C'est la jeune fille qui vient le chercher ! Dès le départ, elle pose les bons yeux sur lui, le regarde comme il faut le regarder, elle le comprend tout de suite.

Je suis d'accord, la fille le regarde mieux que la mère.

C'est ça être aimé, être bien regardé ? Accepté d'être regardé aussi ?

C'est plus compliqué. On peut bien regarder une personne sans qu'elle aime être regardée comme ça. Être bien regardé ça peut être très cruel aussi. On peut choisir d'être avec quelqu'un parce que ça nous calme et je ne pense pas que chercher le calme soit beau, je ne crois pas que ce soit sage. Les gens veulent être réconfortés, moi le premier... Mais après le réconfort vient l'ennui. Et le problème c'est que ça peut venir très tard. On ne parle plus du film de Guillaume là, je ne sais pas comment on en est venus à ça !

Dernière question sur le film de Guillaume Brac, dans « Le Naufragé », le cycliste hésite à prendre une pâtisserie, spécialité picarde, à base d'amandes, j'ai été frustrée qu'il ne la prenne pas, vous avez pu y goûter, c'est bon, c'est quoi ?

Je ne m'en rappelle plus. On mangeait chez Bouboule et la spécialité locale c'était plus les moules-frites !


Vous êtes en salles aussi pour un autre moyen métrage, le vôtre cette fois, votre premier...« Ce qu'il restera de nous ». L'histoire de deux frères confrontés à la mort de leur père. L'un, le préféré, désintéressé par l'argent, hérite de tout. L'autre n'a rien. S'ensuit un violent face à face qui se joue à trois, avec la compagne du frère oublié, pendant 40 minutes.
Jusqu'à présent, vous avez créé au théâtre, là comment vous y êtes-vous pris, vous avez tiré le théâtre vers le cinéma ?

J'ai fait ce film avec une caméra pourrie. Enfin j'aurais pu le faire avec un appareil photo ! J'ai essayé d'avoir une image avec plus de grain. Je ne voulais pas faire semblant de faire du cinéma comme un petit enfant. Je cherche ma manière à moi de raconter mon histoire, ce que je n'ai pas encore trouvé. J'ai fait un travail de cadre. Je voulais que l'énergie soit là et surtout pas de gros plan pour pallier une énergie. Le mouvement vient des sujets.

Un tournage sans techniciens, juste vous et votre caméra... Les acteurs ont facilement accepté l'aventure ?

J'ai toujours des acteurs qui arrêtent le projet en cours. (rire) Ce qui est beau, c'est que certains acteurs ont aussi fait les assistants. Il y en a même qui ne sont pas à l'écran et qui sont restés jusqu'au bout, Rodolphe Poulain, par exemple. C'est un grand acteur de cinéma même s'il n'en a jamais fait, une sorte de Depardieu. Ses scènes étaient très belles mais je n'ai pas réussi à les intégrer vraiment bien au film.

Vous avez dit que le problème du cinéma, c'est tout le bruit qu'on enlève.

J'aime beaucoup faire du cinema. Je le vis comme si j'avais été enfermé pendant dix ans dans une pièce noire (le théâtre) et là, enfin, je peux sortir. J'entends les canards, je suis content.
Pour en revenir à l'idée du bruit, là, si on nous filmait maintenant, on serait tous les deux très justes. Mais si au cinéma on devait rejouer cette scène-là, il y aurait des spots et des techniciens, ils ne parleraient plus tout à coup et tout serait braqué sur nous, et ça serait plus intimidant, non ?

Cette vie à enlever, c'est difficile ?

C'est toujours une question de concentration, d'arriver à être dans la vie, tout le temps, et en même temps dans l'histoire. C'est tellement simple que ça peut devenir difficile. J'essaie de ne pas trop arrêter la caméra pour que les comédiens oublient qu'ils sont filmés.

Il y a eu beaucoup de choses improvisées ?

Dans l'absolu oui, j'ai eu 60 heures de rushes mais j'ai gardé surtout les scènes écrites, très peu les improvisations.

Je croyais que vous aimiez l'accident...

Je n'aime pas les accidents par hasard, j'aime les provoquer.

Un accident provoqué, ce n'est déjà plus un accident.

Pour moi, la pensée c'est déjà un accident. J'aime quand c'est soudain. Si je vous touche, c'est un accident. Jouer, c'est une forme d'accident. Si on est bon à un moment donné, c'est déjà rare. C'est quand on voit la pensée active. Là par exemple vous m'écoutez, mais on voit que c'est une grande énergie. Au cinéma, l'écoute peut être chiante. Là vous faites des trucs. C'est ça l'accident, quelque chose qui nous échappe complètement et qu'il faut retrouver quand on joue un rôle.

Au théâtre, vous provoquez davantage l'inattendu.

Oui, par exemple, un comédien peut se prendre un pot de peinture dans la figure dans un accident de parcours. Mais c'est plus l'histoire qui est un accident que les petites choses qui peuvent arriver au comédien. C'est ce qu'on retrouve chez Dostoievski, des personnages qui dans l'urgence, en voulant régler un problème, vont de problèmes en problèmes, malgré eux. C'est aussi ce que fait le théâtre de boulevard, en fait ! (rire) Mais c'est la vie. Je ne sais pas ce que vous allez faire après notre interview, vous y pensez peut-être déjà. Vous voyez, vous avez un passé et un futur, ils existent tout le temps, c'est complètement situationniste.

Le film est brutal, vos pièces aussi. La création, c'est l'endroit parfait pour révéler votre part de violence ?

Oui, on peut dire ça. C'est une sorte de colère amoureuse. Comme si on donnait des coups à quelqu'un pour le réveiller. Je ne pense pas être quelqu'un de très haineux. C'est très violent mais la volonté est amoureuse. Je crée avec mes peurs, mes tristesses, mes colères et mon amour.

Vous faîtes du cinéma pour ne pas devenir fou ?

Pour continuer à se battre, à aimer mais pas calmement.

C'est pour ça que vos pièces sont des champs de bataille ?

Le théâtre, c'est un groupe contre un autre groupe, le groupe des acteurs pose une parole face au public. J'aime l'idée que ce moment vécu soit un moment qui coûte.

Quels sont les films, les pièces sur le feu ?

J'écris deux films, et après je suis censé faire une autre pièce avec plein de vieux qui raconterait comment ils ont commencé à rater leur vie. Je suis un peu embourbé dans mes différents projets, là.

Vous écrivez les deux films en même temps ?

Le problème c'est que je suis tenté par le long, j'aime les longues histoires qui durent quatre heures. Le premier c'est l'histoire d'une famille en deux temps, on retrouve trois enfants devenus adultes. C'est assez tragique, c'est assez beau je pense, ça me tient à cœur.

Et l'autre film ?

Ça commence avec une femme qui veut retenir son amoureux mais qui lui dit en même temps qu'il est devenu moche. Et puis ça lance le film sur quelque chose de social qui n'a rien à voir.

C'est important à chaque fois de faire jouer vos amis ?

Oui, c'est primordial. Travailler, ce n'est pas un acte professionnel pour moi. J'ai des amis qui ne sont pas acteurs, je tiens à le dire ! Ça me permet d'être avec des gens très vite. Mais je suis chiant avec tout le monde. Ce n'est pas parce que ce sont mes amis, que je ne les dirige pas.

Pour en revenir à ce cinéma d'amis...

(Il rit) C'est une jolie expression « cinéma d'amis » !

Il paraît qu'avec Guillaume Brac, les débuts ont été difficiles, la première fois qu'il vous a vu, il vous a détesté.

Vous savez tout ! C'était une fin de soirée arrosée, à 6h du matin, on était dans sa voiture, sur la banquette arrière à faire des blagues, à parler fort, avec un autre garçon, pendant que Guillaume conduisait et pour lui c'était insupportable, il voulait du calme.

Vous savez déjà quels amis vous allez mettre en scène au cinéma ?

Je ne suis pas un metteur en scène qui a des envies d'acteurs. Ce qui peut être cruel. Pour moi, les films, ce sont plus des batailles en commun.
Pour aller voir "Un monde sans femmes" : http://www.allocine.fr/seance/film-198683/

1H15 avec Stanley Weber


(Crédit photo : Céline Bliss)
« Il faut apprendre à maîtriser son corps
sans texte »
À des lieues du séducteur fou qu'il incarne dans « Les Borgia » mais toujours séduisant, Stanley Weber m'accueille chez lui un bonnet sur la tête, décontracté, barbu, les yeux orageux, de la couleur de son sweat-shirt.
Plus tard il me confiera qu'il lui arrive de gravir les 26 étages de son immeuble à pied, pour s'entraîner. Dix minutes qui valent la peine : sa chambre a une vue imprenable sur la tour Eiffel et le Sacré Cœur.
Un café pour lui, une citronnade pour moi. Un peu de vent, sur le balcon. Un cendrier. Un livre de Bukowski qui traîne.

Vous jouez dans la série « Les Borgia », diffusée en octobre sur Canal Plus. Elle a été présentée ce week-end à Deauville... Vous y étiez ? Les échos sont positifs ?

Je n'y étais pas mais je sais que le film a été projeté devant 750 personnes et que ça s'est très bien passé ! C'était la première fois que Tom (ndlr Tom Fontana, le scénariste américain de la série) voyait des fans français et c'était assez drôle pour lui qui n'est pas très « bain de foule » !

Les Borgia, c'est l'histoire d'une famille... plus encore, d'un clan. Ça fait forcément penser au Parrain...

Tout le monde a envie de travailler avec cette référence, Tom le premier, c'est un fan absolu. Et d'ailleurs Mario Puzo lui-même reconnaissait s'être inspiré des Borgia pour construire le schéma familial du Parrain. Et avant, des familles historiques anglaises. Après, il faut savoir se détacher des références, pour ne pas tomber dans la caricature d'acteurs que tu admires.

Vous comprenez ce rapport à la famille ? C'est une vision que vous pouvez avoir de la vôtre ?

Pas du tout. Ça ne se passe pas comme ça dans ma famille. On est proches mais on n'est pas un clan. Avec les métiers qu'on a choisis et le père connu que l'on a, on n'a pas du tout envie avec mes frères et sœurs d'être considérés comme un clan mais comme des individualités. On veut faire notre chemin et de ne pas être dans son ombre. Même si je m'entends très bien avec lui, il est hors de question de me servir de sa notoriété pour faire quoi que ce soit dans ce milieu. Ce qui est très différent de Juan Borgia (ndlr personnage qu'il joue dans la série) qui va profiter de tous les avantages qu'un père étant pape peut avoir pour monter dans la hiérarchie et faire beaucoup de bêtises...

Vous jouez Juan Borgia... le frère de Cesare. Vous êtes un grand séducteur, tout vous est permis, mais des deux frères, le plus faible, c'est vous finalement...

Ils ont tous les deux des faiblesses mais effectivement Juan est plus faible intellectuellement. Physiquement il est plus fort mais il manque à la fois de courage et d'intelligence. Les deux vont ensemble. Moins brillant que son frère, il manque de stratégie dans le combat. Mais son père ne le voit pas comme ça donc il ne s'en rend pas compte.
Il est quand même assez malin, en tout cas suffisamment pour voir que son frère est plus intelligent que lui et pour essayer de s'en servir à certains moments.
À l'opposé, les faiblesses de Cesare sont aussi ses forces. Elles se retrouvent dans sa capacité à vouloir se remettre tout le temps en question tout en essayant de trouver la voie de Dieu. Juan se fiche de la religion, il agit de façon plus animale. Ce qu'il veut il le prend. C'est un cador, il fait beaucoup de zèle pour pas grand chose.

La revanche ou la rédemption, c'est que c'est Juan qui enfantera un saint, Saint François Borgia...

« Revanche », je ne sais pas parce que ce n'était pas du tout calculé de la part de Juan. C'est une notion qu'on n'a pas travaillée avec Tom, la descendance. Et puis il a tellement forniqué à droite et à gauche qu'on ne saura jamais combien d'enfants illégitimes il a pu avoir !

La saison diffusée retrace l'histoire de A à Z, ou il y en aura d'autres ?

On espère qu'il y aura une suite. La saison retrace l'éclosion d'une jeune fille, Lucrezia, qui connait ses premières règles dans le premier épisode, le retour de Juan au pays et l'accession de Rodriguo au trône au bout de 4 épisodes. Ce sont les premiers temps de règne.

Donc ce n'est pas grandeur et décadence... On reste uniquement dans la « grandeur »...

Si, je vous rassure, il y a un peu de décadence ! À partir du moment où Rodriguo est devenu Pape, il y a tout de suite eu des ennuis. Et puis il y a les problèmes à régler avec ses enfants. La fin de la première saison laisse la porte ouverte à une suite.

C'est votre première série ? La première fois que vous vivez ce « temps long » du personnage que l'on voit évoluer ?

Quand j'avais joué Louis XV, j'avais pu jouer un personnage de 16 ans à 64 ans, c'est déjà un gros challenge. Là ce qui est très excitant avec l'écriture de Tom, particulièrement brillante, sur douze épisodes le personnage passe par monts et par vaux. Le Juan de la fin du douzième épisode est complètement différent de celui du premier épisode, encore adolescent qui jouait à se battre avec son frère.

Et ça a été douloureux de le quitter ?

Oui, toujours un peu. Mais à la fin ça devenait dur à porter, il était alcoolique, de plus en plus violent. Les scènes étaient très physiques. Il devenait de plus en plus nerveux et l'étant moi-même c'était fatigant ! L'avantage de jouer en anglais c'est que ce sont vraiment des personnages. On ne joue pas sur une espèce de naturalité, on joue avec le plus de sincérité possible mais on n'a pas ce truc français d'être le plus « soi-même ». J'ai toujours considéré que mon personnage est beaucoup plus intéressant que moi. Moins je passe de temps avec moi même mieux je me porte.

Jouer un personnage, c'est prendre des vacances avec soi-même ?

(il rit) Oui, exactement ! Quand je ne travaille pas, je me cherche beaucoup...

C'est important de se chercher aussi...

C'est très important mais j'ai l'impression de trouver plus de réponses quand je suis avec un personnage, quelque chose qui me permet d'endosser une carapace toute la journée.

Vous dites que les Anglais sont plus dans le « personnage » alors que les Français cherchent à rester eux-mêmes... On joue si différemment en Angleterre qu'en France ?

Que ce soit clair : ce n'est pas une critique, c'est un constat que j'ai fait en sortant du Cours Florent... Quand j'arrivais devant un directeur de casting et que je lui disais « j'ai fait la classe libre de Florent, puis le Conservatoire », il répondait « aie aie, s'il-te-plaît ne sois pas trop théâtral, sois le plus naturel possible ! ». Et moi je ne comprenais pas pourquoi je m'embêtais à faire une formation aussi complète si c'était pour après me prendre ce genre de réflexions !
Je suis parti à Londres exprès pour ça, pour étudier à la LAMDA (ndlr The London Academy of Music and Dramatic Art) et j'ai eu l'opposé. Les directeurs de castings étaient à la recherche de formations solides. Là-bas, ils attendent de toi que tu arrives avec une proposition forte alors qu'en France on te demande d'être très malléable.
Mais ils sont aussi fascinés par les acteurs français, par cette distance naturelle, non jouée, à la Louis Garrel. Au Conservatoire, Philippe Garrel nous enseignait le non-jeu, on apprenait le texte sur le bout des doigts juste avant une prise.
Avant de partir à Londres, je ne savais ni jouer avec cette distance-là ni construire de personnage. Et bizarrement, en revenant, c'est devenu plus facile pour moi de switcher entre les deux méthodes. J'ai toujours considéré qu'un grand acteur, c'est celui qui peut travailler avec n'importe quel metteur en scène.

Comment expliquer que c'est en revenant de Londres, où la façon de jouer est aux antipodes de la méthode française, que c'est devenu plus facile pour vous de jouer « à la française » ?

Parce que je suis parti avec une espèce de rébellion contre le système français et je suis revenu avec une relaxation acquise par un travail monstrueux en Angleterre. La Lamda, c'est quand même une école où on te souhaite de bonnes vacances mais où on te dit de penser à courir tous les jours. Effectivement il n'y a pas un seul cours de théâtre, chant, où tu n'engages pas ton corps. Ton corps devient un outil de travail primordial. Ce qui est en arrière-plan en France, au Conservatoire. Le matin, à Londres, on allait courir dans les cimetières. C'est ça aussi qui est formidable là-bas, les cimetières sont des endroits vivants. Il y a même des gens qui y pique-niquent. Alors que je me verrais mal faire mon footing au Père Lachaise, par exemple !

Donc un bon acteur, c'est un bon sportif ?

Non ce n'est pas la question. Il faut avoir une grande maitrise de son corps parce que c'est le principal outil, la première chose qu'on voit. On lit beaucoup sur le visage mais on lit beaucoup aussi dans le langage corporel. Il y a un terme qui existe en Angleterre et pas en France : « la physicalité ». C'est une notion qu'on n'a pas ici. Ce n'est pas être beau mais c'est savoir utiliser son corps. Il faut apprendre à maîtriser son corps sans texte. Guillaume Galliene me disait « t'as le corps et le physique, t'as la chance de ne pouvoir rien faire, mais attention c'est ce qu'il y a de plus dur ». Je ne comprenais pas ce que ça voulait dire. Rien faire, c'est le plus difficile parce que du coup le moindre mouvement prend une grande importance dans une scène. Les acteurs que j'admire le plus sont ceux qui posent leurs corps différemment en fonction des rôles, qui ne marchent pas pareil, qui n'inclinent pas leur tête de la même façon...

Chaque mouvement est étudié ?

C'est plus une énergie qui est étudiée, pas chaque mouvement, parce qu'il faut bien que les acteurs soient libres.
Aux Etats-Unis les grands acteurs de cinéma sont aussi présents au théâtre, au moins une fois par an on voit des Judi Dench, Kevin Spacey sur les planches... C'est leur façon de s'entraîner. L'acteur américain John Doman me confiait sur le tournage qu'il faisait du théâtre toutes les semaines avec sa troupe ; il me disait « c'est comme de la muscu, tu t'entraines ». Je trouve ça génial de voir le métier comme ça.

Et le fait de jouer en anglais, ça fait prendre du recul par rapport au texte ?

Ca donne une espèce de liberté très agréable. J'adore cette langue mais en plus il s'agissait de jouer le texte d'un écrivain absolument génial. C'est très fort. C'est la seule fois où en disant le texte, je retrouvais une énergie shakespearienne qui t'entraines. C'est-à-dire que d'un coup le texte fait tout pour toi, il t'embarque. Tu déconnectes, tu lâches prise et le texte a un flot, un rythme qui t'emmène. C'est une sensation formidable.

Vous n'en venez pas à vous dire que vous jouez mieux en anglais qu'en français ?

Non, je n'aurai jamais cette conscience-là. Juger ma performance, ça ne m'appartient pas. Je peux avoir un sentiment de réussite ou d'échec sur une scène. Mais sur la performance globale, le jugement appartient au réalisateur ou au public.

Mais vous prenez plus de plaisir en anglais ?

Pour l'instant, je ne peux pas répondre, je ne sais pas encore. Ca dépend des textes. Mais là c'est effectivement la fois où j'ai eu le plus de sensations. Avec la pièce de théâtre « Much Ado About Nothing ». Mais par la profondeur du texte joué.

Et vous n'avez pas peur en France de jouer comme un "British" ?

Un de mes profs disait « des méthodes il y en a des millions, ta méthode c'est ta tambouille ». Surtout il faut savoir l'oublier dès que le réalisateur dit « action ». Il faut aussi laisser l'instinct déconstruire tout. Il faut connaître toutes les règles pour pouvoir les enfreindre. D'où l'admiration que je peux avoir pour des acteurs repérés dans la rue comme Romain Duris qui se sont construits leur propre méthode pour en arriver à être un acteur aguerri. Chaque acteur a un parcours différent et il n'y en a pas un qui est mieux qu'un autre.

Pourquoi être parti de Londres ?

D'abord à cause du tournage des Borgia à Prague et aussi mes projets en France.

Vous pouvez en parler ?

Oui, il y a le tournage du film de Claude Miller « Thérèse Desqueyroux » fin septembre et une pièce de théâtre de Marivaux « L'Epreuve » sous la direction de Clément Hervieu Léger.

J'ai lu que pour préparer votre rôle dans Borgia, vous écoutiez la BO de Requiem for a dream... vous vous constituez à chaque fois un univers musical ?

Ce n'était pas pour préparer le rôle mais pour certaines scènes. Ca me mettait dans un état, une sensibilité. C'est aussi une façon de se concentrer, de s'isoler et de se baigner dans un sentiment. Je faisais une scène de guerre où je devais rentrer en transe dans une tente paniqué et j'écoutais la BO de Tron de Daft Punk.

Vous tenez aussi un cahier dans lequel vous collez des photos pendant le tournage ?

C'est ma Bible de tournage. Mark (ndlr Mark Ryder, l'acteur qui joue Cesare Borgia dans la série) s'est mis à faire comme moi. Je colle mes scènes les unes après les autres en laissant de la place. Ca me permet de ne pas me balader avec 12 scénarios dans mon sac. Des fois je trouve des photos, des éléments, des bouts de tissus, des trucs que je lis dans des livres ou que j'entends à la radio. Je consigne tout.

Un bout de tissu, ça peut vous inspirer ?

Une couleur, une sensation, un toucher qui va me rappeler un sentiment.

Ce carnet, en fait c'est un peu une éponge...

Oui. Et puis c'est un support agréable qui m'accompagne partout sur le tournage.

Comme un gris-gris aussi ?

Non, pas de superstition pour moi ! Le but c'est de tout oublier quand on dit « action ». Ca me permet de ne pas perdre la première vision que j'ai pu avoir quand j'ai lu le rôle au tout début. D'un coup dans une prise, cet instinct-là ressort tout seul sans qu'on aille le chercher. C'est la « maturation » du jeu.

Et vous documenter ça fait aussi partie de votre préparation ? Par exemple, pour Les Borgia, vous avez lu Machiavel ?

Non. J'avais commencé mais j'ai très vite arrêté. Ca aurait fait bien pour les interviews. Mais dès que j'ai rencontré Tom, je me suis rendu compte qu'il était un Wikipédia vivant, beaucoup plus interactif et beaucoup plus vivant qu'un écran d'ordinateur. Et il avait déjà tous les éléments en main. Ca faisait dix ans qu'il préparait la série ! Donc autant s'asseoir sur une chaise à côté de lui ! Le piège de lire trop, c'est que ça peut aussi vite t'enfermer dans un carcan. Et tu n'arrives plus à te créer de personnage. Sinon tu fais un copier-coller, ce qui n'est pas intéressant.

Quand vous étiez en Angleterre, qu'est-ce qui vous manquait ici ?

Mes amis. Dans les cours au Conservatoire,en revanche, rien... La viande, la bonne viande ! Et peut-être un petit peu, mais pas trop, ma petite amie de l'époque...

Vous êtes plus cheesecake au citron ou tarte au citron meringuée ?

Cheesecake ! Le matin ma petite habitude je me prenais un café latte et un muffin triple chocolate.

Et maintenant ici, le petit plaisir du matin, c'est quoi ?

Flocons d'avoine avec des raisins secs !

Ça donne moins envie !

Je vais devoir être torse nu dans dix jours, donc je cours et je vais à la piscine tous les jours. J'aime beaucoup courir sur les quais vers la Villette, il y a des coins très industriels, abandonnés qui sont très poétiques.

Très poétiques quand on est un garçon alors !

J'ai vu courir des filles pourtant ! C'est sûr qu'il ne faut pas y aller en hiver à 20 heures !

Quelle est la question que j'ai oublié de vous poser ?

Pourquoi m'interviewer, moi ?

Une série, un film et une pièce de théâtre, ça fait déjà trois bonnes raisons !

1H15 avec Nicolas Bedos


"Je suis un hyperactif provisoire"

Il a l'art de balancer les pires saloperies sans quitter sa poésie et son charmant sourire. En ce moment Nicolas Bedos est le regard ténébreux du PAF... Un coca zéro, un criterium à la main, interview.


Depuis notre dernière interview, un an s'est écoulé. Nicolas Bedos, si cette année mytho était à refaire vous la referiez ?

Oui ça a été beaucoup de gratification et pas mal de travail ! C'est très équilibrant, en fait, le succès. Avec
"Promenade de santé", j'ai été satisfait du travail que nous avons accompli. Je n'ai aucun regret : le spectacle a été conforme à mon rêve. J'avais connu pas mal de galères, monté des pièces qui m'avaient déçues, fait des concessions de castings... Là j'ai eu tout ce que je voulais. Et puis c'est un spectacle enfanté dans le plaisir. Et la considération qui va avec est agréable. Quand on est flippé et boulimique comme moi, ça donne le courage de continuer. Mais ça fait aussi peur, je vais prendre mon temps avant ma prochaine pièce, je veux faire ça bien.


Vous espérez un triomphe au moins aussi grand ?


Il ne faut pas courir après le triomphe. Il faut se demander ce qu'on a à dire. On me dit souvent que je travaille trop. C'est vrai. Mais il y a eu plusieurs années durant lesquelles on ne m’a pas permis de m’exprimer, alors aujourd'hui, j'en profite !


En ce moment cette énergie est polarisée sur la télé, vous faites une chronique tous les vendredis soirs chez FOG dans
"Semaine critique". Est-ce que la télé n'est pas en train de pomper votre énergie au détriment du théâtre ?


Les premières semaines, ça m'a tout pompé, oui !
Heureusement, j'avais commencé à écrire cet été. J'ai écrit beaucoup de téléfilms ces dernières années, je vais d'ailleurs bientôt jouer le mari de Julie Depardieu (ndlr dans un film qu’il a écrit pour Jeanne Moreau, Jean-Pierre Marielle, Claude Rich, réalisé par Josée Dayan). Je fais un peu l'acteur car je souffre du syndrome du mec qui va perdre ses cheveux et qui profite d'être encore à peu près regardable !

Vous en êtes où de vos cheveux ?


Ils tombent, de façon significative ; je vais y remédier !


Vous envisagez des implants ?


Je vous en pose des questions ! Oui, sans doute, je n'ai pas envie d'avoir la tête d'Alain Juppé. J'assume ma coquetterie ; il faut qu'on ait une tête en adéquation avec ce que l'on est.


Et vous vous concevez chevelu...


Disons que je n'ai pas totalement renoncé à la séduction.


Vous faites tellement de choses qu'on a l'impression que vous vous rentabilisez au maximum !


C'est un mot terrible,
« rentabiliser » ! Non ! Mais je ne veux pas passer à côté de ma relative jeunesse. Quand j'aurai 50 piges, ça me fera des souvenirs.


Mais vous
n'avez pas peur de vous user avant 50 ans ?


Je suis un hyperactif provisoire. A un moment donné, il faudra que je freine. Je n'ai pas envie de courir toute ma vie, le mardi rendre ma nouvelle, le mercredi écrire un téléfilm, le jeudi rendre ma chronique, en plus des interviews…


Comme maintenant !


Exactement ! Ceci dit, ca a un côté psychanalyse, les interviews. Cet après-midi j'en ai fait une pour
Le Monde. C'est indécent de parler de soi... même si ça permet d’y voir plus clair. Mais je n'ai pas envie de vivre cette vie-là trop longtemps. Dans vingt ans je me vois romancier, metteur en scène de théâtre, peut-être un peu de cinéma, mais à un rythme régulier et plus sage.


Le cinéma ?


J’ai un projet avec la société de production d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. Ce sera une comédie dramatique. Un "film d'auteur hollywoodien" – ce qui ne veut rien dire ! Je réfléchis à l'écriture d'un scenario tarantinesque avec des dialogues bergmaniens. Ce sera le délire d'un homme plongé dans plusieurs réalités, un film sur la paranoia et la précarité.


Vous écrivez beaucoup sur les troubles du comportement...


Oui, je ne suis pas l'homme le plus équilibré de la terre... Je m'inspire de ce que j'ai vécu.


Vous voulez dire que vous avez été « nymphomane, mythomane, paranoiaque et
toxicomane » ?


Tout à fait, un peu de chaque ! J'ai pioché dans les plats...! Mais je ne vais pas prétendre que je suis alcoolique, comme je l'ai lu ici ou là, ce serait prétentieux de ma part : je ne sors qu’une fois par semaine ! Mais les troubles du comportement ne me sont pas étrangers. Disons que de 20 à 24 ans, mes nuits ont été rock n roll !


La folie a donc quelque chose d'universel ?


Je pense. Beaucoup de gens se sont reconnus dans les personnages joués par Mélanie Laurent et Jérôme Kircher dans
"Promenade de santé", ça les a touchés même s'ils ne sont heureusement jamais allés aussi loin.


Alors on a tous des embryons de folie ?


Oui, nous sommes tous tarés dans de petites proportions.


Revenons-en à la télé où vous officiez actuellement.
Vous n'avez pas eu peur à un moment, vous, l'auteur et le metteur en scène fiévreux et talentueux, de vous « prostituer » ?


Je continue à me poser la question. Il est certain que ce genre d'exercice entame le mystère qu’un auteur devrait préserver : on n'a jamais vu Tennessee Williams faire le con à la télé tous les vendredis soirs ! Mais ça me fait connaître d’un public plus large et c’est nécessaire de se faire connaître. Ca me permet de monter plus facilement des pièces, des films. Après tout, les acteurs ne doivent pas avoir le monopole de la notoriété ! Et puis je n'ai pas à rougir de mes chroniques, je les revendique. Ca reste un véritable travail d'écriture. Après, est-ce que dans le regard du téléspectateur, je suis un écrivain ou un animateur... ? Je n'en sais rien. Ce qu'il y a de commun entre les deux, c'est le goût des mots, le travail sur la phrase. Et certains thèmes abordés.


Dans un article du JDD, le linguiste Pierre Merle dit que vous avez la
« vanne ultrabranchée »...


Disons que je dois faire une synthèse un peu étrange entre un plateau très littéraire, pointu avec des intellos et mon souci de causer aux gens de ma génération. Ca crée un mix. On m'a dit que je m'arrangeais toujours pour alterner une phrase poétique avec une phrase vulgaire. Ce n'est pas faux. Quand j'écris, je pense au public – un public idéal. Comme je sais que j'ai une tendance à la phrase alambiquée, poétique -voire pédante- au milieu j'insère une saloperie ! Ca me ressemble plus comme ça !


C'est le style "Nicolas Bedos" ! Il y a un verbiage chez vous, on a l'impression que vous goûtez les mots, que vous prenez plaisir à les prononcer...


Mon interprétation n'est pas travaillée, elle est ressentie. Je cherche une certaine musique, souvent je ne peux pas rajouter ni ôter le moindre mot car la phrase se tient ainsi !


Avec le récit de vos soirées et ces superbes filles auprès desquelles vous dites vous réveiller, vous entretenez le mythe...


J’invente à 80 %. Je ne prends même pas de coke ! C'est à la fois une fiction et une façon de couper court à la moquerie des autres, à leurs préjugés…


Vous préférez vous donner vous-même les coups plutôt que de laisser les autres le faire !


Ca a plus de gueule! C’est de la malice de ma part, et de la franchise. Comme dit Cyrano
:

«
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve"


Vous vous jouez des codes de la télé : allusion au prompteur, nonchalance, politiquement incorrect... Vous nous rappelez que vous avez été parachuté dans ce monde-là mais que vous avez un autre métier…


Oui ! Ce qui me rend plus à l’aise, c'est que je ne vis pas de ça, et encore moins pour ça. Donc si c’est mauvais, je disparais. Paradoxalement, ça m’offre un certain confort.


Il y a un an, on parlait de la peinture. Vous la gardez toujours pour votre sphère privée ?


Oui.


Ca vous vient d'où ?


Petit, mes parents m'avaient acheté ce gros bloc de papier avec deux crayons géants, je faisais des portraits, des caricatures. En classe, quand je m'ennuyais je dessinais. Donc je dessinais toute la journée! Là, je dessine.


Vous dessinez quoi ?


Un type mal dans ses pompes avec une moustache, à moitié chauve, et le regard très féminin.


Ca, c'est parce qu'on a parlé de cheveux tout à l'heure... Vous lisez quoi en ce moment ?


Le dernier Houellebecq, ce qui n'est pas original ! Ca ne me rend pas très heureux, ces pages. Je m'aperçois que je suis beaucoup trop romantique pour cette littérature. Les personnages ne s'aiment pas les uns les autres !


Votre humeur, là, maintenant...


Plutôt cool, détendu. Heureux d'avoir écrit mon truc pour vendredi et ma nouvelle pour l'Officiel. Je peux passer aux choses plus sérieuses !

C'est bon, vous êtes à jour, vous pouvez partir en week-end !

Non ! J'ai le film dont on a parlé et ma prochaine pièce qui est loin d’être aboutie !

Sur quoi la pièce ?

Ce sont des personnages qui se font passer pour d'autres, qui prennent de fausses identités. Le gardien d’une grande maison de vacances fait croire qu'il en est le propriétaire à une jeune touriste qui se fait passer pour une grande actrice alors qu'en fait c'est une paumée du village d’à côté. Ils se mentent tous entre eux, et à eux-même évidemment, ils ont envie d'être quelqu'un d'autre.

Ce sera avec qui ?

Théâtre et cinéma confondus, j'écris pour cinq personnes, Jean-Pierre Bacri, Catherine Frot, Jean Dujardin, Jérôme Kircher et Mélanie Laurent.